lundi 24 avril 2017

5172 - ... on se console

germanophones chassés de Tchécoslovaquie, juillet 1946
(...) Mais le sort des civils qui n'avaient pu s'échapper était plus tragique encore. 

La plupart des femmes et des jeunes-filles furent conduites à marches forcées en Union soviétique et contraintes de travailler dans des forêts, des tourbières et des canaux quinze à seize heures par jour. 

Un peu plus de la moitié d'entre elles périrent dans les deux années qui suivirent. La moitié des survivantes avaient été violées et, quand elles furent renvoyées dans la zone d'occupation soviétique d'Allemagne, en avril 1947, la plupart durent être immédiatement hospitalisées, souffrant de tuberculose ou de maladies vénériennes"

L'un dans l'autre, on estime à environ 14 millions (!) le nombre de germanophones qui, dans les semaines et les mois suivant la signature de la Capitulation, n'auront d'autre choix que de quitter la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Roumanie, la Prusse orientale,... où ils étaient pourtant établis depuis des générations, pour se réfugier à l'Ouest.

Soixante-dix ans plus tard, les survivants et descendants de ces réfugiés attendent toujours des excuses, une indemnisation, ou un "droit au retour" sanctifié par les Nations Unies et la communauté internationale...

dimanche 23 avril 2017

5171 - quand on se compare...

réfugiés de Prusse orientale, fuyant l'Armée rouge
... dans le Berlin de l'immédiat après-guerre, il ne reste plus que 8 500 lits d'hôpitaux sur 33 000. 

Mais il n'y a plus non plus ni électricité, ni eau, ni gaz.

Un million de personnes ont vu leur logement réduit en cendres, et pour ceux qui cherchent à se rendre dans un autre secteur de la ville - ne serait-ce que pour chercher de la nourriture - il n'existe d'autre choix que le vélo ou alors la marche à pieds : 95% du réseau de tramway est détruit, et le métro, inondé.

Pour autant, le sort des berlinois paraîtrait sans doute enviable aux yeux de leurs compatriotes de Poméranie, de Silésie, et surtout de Prusse orientale, où la population de 2 200 000 habitants en 1940 a été réduite à... 193 000 en mai 1945.

(...) "la terre même avait été rendue impropre à l'exploitation pour plusieurs années. Les maisons avaient été soit brûlées soit dépouillées de leurs installations les plus élémentaires. Des ampoules électriques avaient été volées par des paysans soviétiques qui n'avaient même pas l'électricité chez eux. Les fermes étaient zone morte, tout le bétail ayant été abattu ou envoyé en Russie"

samedi 22 avril 2017

5170 - tout s'achète, tout se vend, tout est à reconstruire

Berlin, année zéro : tout s'achète, tout se vend, tout est à reconstruire
... aux souffrances physiques et morales, à la fuite de leur époux ou fiancé, bon nombre des quelque deux millions d'Allemandes violées devront encore ajouter les maladies vénériennes et les grossesses non désirées.

Bientôt, la pénicilline va même devenir le produit le plus recherché sur le marché noir, tandis que le nombre d'avortements, officiellement autorisés, va grimper en flèche.

"On estime qu'environ 90% des femmes devenues enceintes à la suite de viols se firent avorter. Parmi celles qui accouchèrent, beaucoup abandonnèrent l'enfant à l'hôpital, sachant que leur mari ou leur fiancé ne l'accepterait jamais"

Et à la longue, ces histoires d'horreur finiront par circuler dans la Presse internationale et, par ricochet, par remonter jusqu'au Kremlin, où l'on s'en inquiétera ouvertement.

Mais bien plus que les réprimandes des officiers, ou l'indignation des commissaires politiques, ce sera la faim qui s'avérera en définitive la meilleure arme contre le viol.

Car à quoi bon encore user de violence si on peut obtenir de la même fille, à présent affamée, qu'elle se donne plus ou moins volontairement, en échange d'un peu de pain ou d'un petit morceau de viande.

Et l'Histoire n'ayant rien à voir avec la morale, on verra même se former des couples réguliers et, dans certains cas, des soldats et des officiers soviétiques refuser de rentrer au pays, et déserter, afin de demeurer avec la compagne allemande qu'ils auront, à la longue, fini par apprécier…

vendredi 21 avril 2017

5169 - la "culture du viol"

la victoire est enfin là... les abus aussi
... "Ainsi, une amie d'Ursula von Kardorff fut violée par vingt-trois soldats, l'un après l'autre. Elle dut ensuite être recousue dans un hôpital".

Et à l'humiliation, aux souffrances physiques, et parfois aux maladies vénériennes ou à la maternité non désirée, s'ajoutera dans bien des cas la désintégration de la cellule familiale…

Car pour les hommes, le viol généralisé de leurs compagnes constitue également une expérience traumatisante, a fortiori s'ils ont été contraints d'assister à la scène sans rien pouvoir tenter pour l'empêcher.

"Hanna Gerlitz, s'était donnée à deux officiers soviétiques ivres afin de sauver son mari et elle-même. Ensuite, écrivit-elle, j'ai dû consoler mon mari et l'aider à reprendre courage. Il pleurait comme un bébé"

(...) On rapporta à Ursula von Kardorff le cas d'un jeune aristocrate qui rompit immédiatement ses fiançailles en apprenant que celle qu'il devait épouser avait été violée par cinq soldats russes".

D'autres quitteront carrément foyer, épouse et enfants, pour ne jamais revenir.

jeudi 20 avril 2017

5168 - Allemagne, année zéro

parade soviétique, devant les ruines du Reichstag
... et comme Hitler a pillé l'Europe, Staline entreprend tout d'abord de piller l'Allemagne.

Des usines entières sont démantelées jusqu'au dernier boulon, et expédiées en URSS, de même que tout le matériel scientifique de la future Allemagne de l'Est, et tous les savants et techniciens  qui ne sont pas passés à l'Ouest et sur lesquels les hommes du NKVD ont pu mettre la main.

Au niveau individuel, chacun, du général au plus simple soldat, se fait également un devoir d'emporter quelques "souvenirs" : bijoux, montres, armes de chasse, dessous féminins, panneaux vitrés ou même simples boîtes de clous (!), tout peut en vérité être expédié par la Poste militaire jusqu'aux recoins les reculés de l'Union soviétique.

Et bien sûr, il y a les viols, qui n'ont pas cessé malgré la fin des combats

"Leurs mères ne se hasardaient dans les rues pour aller chercher de l'eau que très tôt le matin, quand les soldats soviétiques cuvaient encore leur alcool de la veille. Il arrivait qu'une mère indique aux Russes la cachette d'autres filles dans l'espoir de préserver les siennes. Toutes les vitres ayant été brisées, on entendait distinctement, toutes les nuits, les hurlements des victimes"

On estime à environ deux millions, dont plus de cent mille rien qu'à Berlin, le nombre d'Allemandes violées par les soldats de l'Armée rouge...

mercredi 19 avril 2017

5167 - une ivresse sans lendemain

L'Allemagne a capitulé. La guerre est finie. Mais pour combien de temps ?
... Berlin, 8 mai 1945

La Seconde Guerre mondiale avait commencé en Pologne le 31 août 1939, avec l'attaque de la station de radio allemande de Gleiwitz par un commando SS revêtu d'uniformes polonais.

Par une étrange ironie, elle se termine, du moins pour la Luftwaffe, le 8 mai 1945, lorsque quatre Focke-Wulf 190 du III/SG 77 attaquent une autre station de radio, celle de Prague...

Quelques heures plus tard, dans la banlieue de Berlin, l'amiral Hans-Georg von Friedeburg et le maréchal Keitel signent enfin cette fameuse "Capitulation sans condition" exigée par Roosevelt en janvier 1943, et à laquelle Hitler s'était toujours refusé de son vivant.

Décédé le 12 avril précédent, Roosevelt ne connaîtra malheureusement jamais l'ivresse de la victoire.

Mais cette ivresse ne va hélas pas durer longtemps ! L'Europe est en effet en ruines et submergée de millions de réfugiés et de sans-abri en quête d'un avenir.

Et Staline, de son côté, est bien décidé à mettre la main sur la moitié de l'Europe qui lui a été attribuée à Yalta, puis à l'enfermer à double tour derrière un rideau de fer...

mardi 18 avril 2017

5166 - sur le pont de Schönhausen

une rue de Berlin, après la bataille
... installé dans le parc du Château de Schönhausen, autrefois résidence du grand Bismarck, le général Wenck prend la mesure du désastre.

Le 6 mai, alors qu'à Flensburg le gouvernement du grand-amiral Dönitz vient de déchoir le Reichsführer Heinrich Himmler de toutes ses prérogatives, et de le priver de ses dernières illusions, Wenck ne contrôle plus qu'un rectangle de huit kilomètres sur deux adossé à l'Elbe, et sur lequel s'acharne l'artillerie russe, massacrant par milliers soldats et civils, hommes, femmes et enfants, désireux de passer à l'Ouest.

"Un certain nombre de gens qui ne purent franchir l'Elbe finirent par se tuer", notera sobrement le colonel Reichhelm.

Des dizaines d'autres se noieront, en tentant de franchir le fleuve à la nage.

Le 7 mai, les artilleurs allemands tirent leurs ultimes obus sur les troupes russes, puis font sauter leurs pièces.

Les derniers survivants de la division Scharnhorst se rassemblent alors près du pont de Schönhausen, crient un ultime "Sieg Heil", puis traversent le pont, en jetant leurs armes dans le fleuve

Dans l'après-midi, Wenck franchit le pont à son tour, tel le capitaine quittant son navire en train de sombrer...