samedi 21 avril 2018

5534 - le Taiho d'abord...

L'explosion du Taiho, principale victime de la Bataille de la Mer des Philippines
… et malheureusement pour les Japonais, il n’y a pas qu’au plan aérien que cette première journée de bataille relève de la tragédie !

Car à 09h00, peu après que le Taiho ait lancé sa deuxième vague d’attaque, le sous-marin Albacore, un 1 500 tonnes de la classe Gato, décoche six torpilles en direction du porte-avions nippon

Quatre d’entre elles ratent la cible, une cinquième est interceptée par un pilote japonais qui, l’apercevant à faible profondeur, se sacrifie en se précipitant sur elle avec son avion (!), mais la sixième touche le bâtiment par le travers, bloque un des ascenseurs et surtout, entraîne la rupture de plusieurs canalisations de carburant.

L’affaire n’est pas mortelle, et le Taiho n’en est d’ailleurs qu’à peine ralenti, mais les vapeurs toxiques dégagées par ce carburant bien trop volatil chargé à Bornéo interdisent tout travail ou réparation dans les compartiments endommagés, ce pourquoi, pour s’en débarrasser au plus vite, un officier subalterne décide-t-il de lancer la ventilation à plein régime, ce qui a certes pour effet d’en diminuer quelque peu la concentration,... mais surtout de les répandre dans tout le bâtiment !

Et ce qui devait arriver arrive : vers 15h30, une simple étincelle provoque un gigantesque incendie, qui ravage bientôt le grand porte-avions d’un bord à l’autre, forçant l’amiral Ozawa à se réfugier sur un destroyer avant d’ordonner l’évacuation du Taiho, dont l’épave calcinée sombre en début de soirée

Et ce n’est pas fini…

vendredi 20 avril 2018

5533 - The Mariana turkey shoot

Pilote américain, commentant ses victoires lors du Mariana turkey shoot
… même punition, et même tragique absence de résultats, pour les appareils des trois vagues suivantes, qui attaquent à partir de 11h10 mais n’occasionnent au bout du compte que des dégâts mineurs à une poignée de navires américains, tout en perdant une fois encore la quasi-totalité des leurs.

Au plan strictement aérien, le bilan de cette première journée de combats est aussi catastrophique que sans appel puisque, en comptant ceux basés à terre, les Japonais ont perdu quelque 350 aéronefs - soit plus de la moitié de leur effectif - contre à peine une trentaine à l’ennemi !

A l’évidence, et bien plus que le radar, la chance ou la simple loi du nombre, cet authentique "tir aux pigeons", ou plus exactement ce "turkey shoot", s’explique par le binôme pilote américain + chasseur Hellcat, qui a définitivement supplanté le binôme pilote japonais + chasseur Zéro du début de la guerre.

Toujours mieux reposés, et désormais plus expérimentés et mieux entraînés, les pilotes américains n’ont en effet guère de mal à disposer de leur adversaire, lequel ne compte plus qu’une poignée de vétérans épuisés dans ses rangs, et n’a d’autre choix que d’aligner des recrues formées à la hâte et jetées bien trop vite dans la bataille.

Et aussi disgracieux soit-il par rapport au Corsair, le Hellcat n’en est pas moins lui aussi une formidable machine de guerre, plus puissante, plus rapide, mieux armée et, surtout, infiniment plus à même que le Zéro d’encaisser des coups et de survivre au combat.

Parce qu’il était déjà au bout de son potentiel de développement en 1941, et parce que la Marine japonaise, subjuguée par ses résultats du début de la guerre, a trop longtemps tardé à lui trouver un successeur, le dit Zéro n’est plus aujourd’hui qu’un cercueil volant, bien plus dangereux en définitive pour son occupant que pour son adversaire…
 

jeudi 19 avril 2018

5532 - obéir ou interpréter

Marins américains contemplant les combats aériens, 19 juin 1944
… 19 juin 1944

Cette incapacité, si typiquement japonaise, de s’écarter des ordres reçus, ou du moins de les "interpréter" plus ou moins librement et selon les circonstances du moment, a déjà eu, comme nous l’avons vu, des conséquences fâcheuses par le passé, et va encore - mais de façon bien plus dramatique ! -  en avoir cette fois-ci.

A l’aube du 19 juin, les appareils des deux camps commencent en tout cas à fouiller la mer à la recherche de leur adversaire, et à ce jeu-là du moins, ce sont les Japonais qui marquent les premiers points puisque, peu avant 06h00, un appareil parti de Guam parvient à repérer l’escadre américaine avant d’être abattu.

Sur les terrains japonais encore intacts, c’est immédiatement le branle-bas,… mais un branle-bas qui n’échappe malheureusement pas aux radars américains,… ni aux chasseurs Hellcat du porte-avions léger Belleau Wood, lesquels ne tardent pas à abattre plus d’une trentaine d’appareils nippons, tout en ne perdant eux-mêmes qu’un seul des leurs !

Entièrement à l’avantage de la bannière étoilée, et à vrai dire strictement à sens unique, cette passe d’armes va en fait donner le ton à toutes celles qui vont suivre, car lorsque la première vague d’appareils de porte-avions, soit 68 aéronefs, se présente à son tour à l’attaque, sur le coup de 10h30, c’est pour y être aussitôt accueillie par d’autres Hellcat qui, en l’espace de quelques minutes, expédient quarante-et-un d’entre eux au tapis, en ne perdant à nouveau qu’un seul des leurs.

Et le succès n’est pas davantage au rendez-vous pour les rares avions qui ont réussi à échapper au massacre, puisque la seule victime américaine de cet engagement, le cuirassé South Dakota, ne se trouve même pas ralenti par la seule et unique bombe qui s’abat sur son pont…

mercredi 18 avril 2018

5531 - conformément au plan et aux ordres reçus

L'amiral Ozawa : jusqu'au bout des ordres reçus...
… Saïpan, 18 juin 1944

Dans la soirée du 18 juin, Nimitz, toujours régulièrement informé des mouvements de la flotte japonaise, a câblé à Spruance les derniers renseignements en sa possession, lesquels situent l’ennemi à quelque 600 kms au sud/sud-ouest de la Task Force 58, autrement dit des porte-avions lourds de l’amiral Mitscher.

Informé de la chose, ce dernier sollicite aussitôt de son supérieur l’autorisation de marcher vers l’Ouest à la faveur de la nuit, histoire de se positionner idéalement pour frapper les Japonais à l’aube du lendemain.

Mais Spruance refuse : en homme aussi prudent que dépassionné, il craint en effet que la flotte signalée par Nimitz ne constitue en fait qu’une diversion visant à éloigner la TF58 des forces de débarquement de Saïpan,… et de les mettre ainsi à la merci d’une autre force japonaise non détectée.

En conséquence - et on le lui reprochera - il ordonne plutôt à Mitscher de camper  sur ses positions, ce qui, comme nous allons le voir, va avoir une influence considérable sur la bataille,... mais aussi sur le comportement de Halsey dans quelques mois et dans un contexte analogue.

Dans le camp opposé, si Ozawa ignore quant à lui la position et les intentions de la TF58, il ne se sait pas moins repéré et suivi à la trace par les Américains, et il sait aussi qu’il ne pourra sans doute pas compter sur l’Aviation terrestre, dont les appareils et les terrains ont déjà été copieusement bombardés par les frappes préventives de ces derniers.

Dit autrement, avant-même qu’elle ne débute, les deux éléments indispensables à la réussite - au demeurant fort théorique - de l’Operation A-Go ont déjà cessé d’exister,... ce qui n’empêche nullement l’amiral japonais et ses bâtiments de continuer à progresser imperturbablement vers l’Est, et leur destin, conformément au plan et aux ordres reçus !

mardi 17 avril 2018

5530 - un abattoir à ciel ouvert

Marpi Point, Saïpan : soldats et civils japonais se jettent du haut de la falaise...
… mais comme toujours, et malgré les tonnes et les tonnes de bombes, d’obus et de projectiles divers que l'on déverse, les défenseurs de Saïpan, que tout le monde croyait morts et même réduits en poussières d’étoiles, ces défenseurs surgissent des endroits les improbables et continuent de résister avec acharnement, en particulier la nuit, aidés dans leur tâche par les nombreux civils japonais de l’île qui, au bout du compte, et plutôt que de tomber sous la coupe des Américains, se suicideront par milliers, hommes, femmes, vieillards et enfants, en se jetant notamment du haut des falaises de Marpi Point

Saïpan est un monstrueux charnier, un abattoir à ciel ouvert où, pendant trois semaines, Américains et Japonais vont s’entretuer pour la possession de quelques mètres carrés de plage, de jungle ou de rocher sans valeur, où les bulldozers ensevelissent indifféremment les vivants, les blessés et les morts, où les armes automatiques, les grenades, les mortiers et les lance-flammes unissent chacun dans un même magma de chairs informes.

Et quand les combats organisés cesseront enfin, le 9 juillet (1), plus de 3 400 soldats américains auront été tués, et près de 14 000 autres blessés.

Les Japonais, pour leur part, déploreront la perte de 29 000 soldats (dont 5 000 par suicide), soit plus de 95% d’une garnison évaluée à environ 30 000 hommes, ainsi que la disparition de la quasi-totalité des quelque 22 000 civils de l’île…

(1) quelques dizaines de soldats japonais irréductibles continueront néanmoins la résistance dans les montagnes jusqu’en décembre 1945

lundi 16 avril 2018

5529 - un très mauvais début

Les Mariannes, théâtre d'une exécution connue sous le nom de "Tir aux pigeons"
... îles Mariannes, 11 juin 1944

Le succès, ou l'échec, de A-Go reposant très - et trop - largement sur la surprise, Ozawa a pris la décision, à la mi-mai, de positionner sa flotte près de Tawi-Tawi (Philippines), soit dans une position d'attente supposément discrète... mais pas assez en tout cas pour échapper longtemps à l'attention des Américains, lesquels sont par ailleurs régulièrement informés de la composition et des mouvements de son escadre par leurs services de cryptographie !

Mauvais début, donc,... et d'autant plus que ces mêmes Américains, décidément très vexants, ont pour leur part commencé, dès le 11 juin, à matraquer les différents terrains d'aviation des Mariannes...

Dit autrement, et avant-même que débute réellement A-Go, près de la moitié des appareils terrestres sur lesquels les Japonais comptaient pour contrebalancer l'infériorité numérique de leur aéronavale ont déjà été détruits !

Mais quand le saké est versé, il faut le boire, et le 13 juin, la flotte japonaise met donc le cap vers l'archipel... constamment suivie à la trace par l'un ou l'autre sous-marin américain.

Le même jour, les bâtiments et chasseurs-bombardiers de la Navy entreprennent quant à eux le pilonnage systématique de leur principal objectif, Saïpan, que les Japonais ont arraché aux Allemands en 1914 (1), et sur laquelle ils font pleuvoir l'habituel déluge de bombes et d'obus, en prévision du débarquement des Marines, qui débute à l'aube du 15 juin...

(1) espagnoles, puis allemandes de 1899 à 1914, les Mariannes avaient finalement été attribuées au Japon par le Traité de Versailles de 1919

dimanche 15 avril 2018

5528 - l'insoutenable volatilité de l'essence

Nagato (au premier plan), Yamato et Musashi, à Bornéo, en octobre 1944
… et enfin, et pour ne rien arranger, il y a le problème du manque, et de la qualité, du carburant.

Dans les premiers mois de la guerre, l’Empire a réussi à mettre la main sur toutes les ressources vitales qui lui manquaient, et en particulier sur le précieux pétrole des Indes néerlandaises.

Mais très vite, il s’est aussi retrouvé confronté, faute de navires, à l’impossibilité de les acheminer jusqu’en métropole en quantités suffisantes, problème qui n'a fait que s’aggraver à mesure que les sous-marins et les bombardiers américains ont commencé à envoyer de plus en plus de cargos et de pétroliers japonais par le fond.

Au printemps 1944, la pénurie de carburant est même devenue si dramatique que l'État-major a décidé de relocaliser la Flotte à Bornéo, donc à proximité immédiate des gisements pétroliers.

Logique en soi, cette décision a néanmoins eu de graves conséquences, d'abord sur le plan opérationnel, puisque quasiment rien n'existait sur place pour entretenir et réparer les bâtiments ni, et peut-être surtout, pour entraîner équipages et aviateurs de manière convenable

Ensuite, parce que les raffineries indonésiennes, insuffisamment perfectionnées, n'ont pu distiller que du carburant de mauvaise qualité, et de surcroît beaucoup trop volatile, ce qui a rapidement transformé tous les navires de la Flotte en autant de bombes flottantes n'attendant pour ainsi dire plus qu'une étincelle pour exploser...