mardi 12 décembre 2017

5404 - le trésor national

"Le plus puissant cuirassé du monde"... mais pour en faire quoi ?
… en ces derniers jours de l’année 1941, le Yamato, avec ses 70 000 tonnes et ses 9 canons de 460mm, est donc devenu, et de loin (1), le plus gros et le plus puissant cuirassé du monde, mais aussi… un bâtiment qui n'a plus aucun adversaire à affronter !

Car après Pearl Harbor, et après Kuantan, plus aucun cuirassé allié n'est en effet susceptible de se dresser sur sa route : dans le Pacifique, Américains et Britanniques possèdent encore de nombreux croiseurs, et même quelques porte-avions, mais les uns et les autres sont trop rapides pour lui, et les seconds de toute manière bien trop précieux pour être exposés dans une bataille rangée.

Et ironiquement, la crainte alliée est réciproque ! Car même si le Yamato est 50% plus lourd que ne l'était le Prince of Wales, et même s'il bénéficie à ce titre d'une meilleure protection contre bombes et torpilles, l'affaire de Kuantan démontre que plus aucun cuirassé n'est désormais à l'abri de l’Aviation !

Pour ne rien arranger, et à l'instar du défunt Bismarck allemand, le Yamato est d'autre part devenu la fierté du pays tout entier, l'incarnation-même de sa puissance, en sorte que sa destruction éventuelle constituerait un véritable drame pour la Nation toute entière !

Dans les mois à venir, l'absence de rivaux potentiels, mais aussi, et surtout, la volonté de préserver coûte que coûte ce navire déjà irremplaçable, vont donc se conjuguer pour le tenir fort loin des combats…

(1) sur la genèse et l’histoire du Yamato : Saviez-vous que… Ten-Go Sakusen

lundi 11 décembre 2017

5403 - le plan idéal

Septembre 1941 : le Yamato, en achèvement à Kure
... Kure, 16 décembre 1941

En ce matin du 16 décembre 1941, après quatre ans de travaux menés dans le secret le plus absolu, le "super-cuirassé" Yamato vient enfin d'être admis en service.

Pour lui, tout a commencé au milieu des années 1930, lorsque les Japonais, confrontés à la perspective d’une guerre contre les États-Unis ou la Grande-Bretagne, et probablement contre les deux à la fois, ont commencé à rechercher le meilleur moyen d’y faire face.

Dans le domaine naval, ils ont immédiatement réalisé qu'ils ne disposeraient jamais des ressources suffisantes pour construire et mettre en service autant de cuirassés que leurs futurs et probables adversaires,... d’où l'idée d'en avoir moins mais bien meilleurs, autrement dit beaucoup plus gros et plus puissants !

Pour que ce plan ambitieux ait la moindre de chance de succès, encore fallait-il évidemment dissimuler l'existence, ou du moins les caractéristiques réelles, des bâtiments que l'on se proposait de construire,… sous peine de voir l'adversaire se mettre à en fabriquer lui aussi, et en plus grandes quantités !

Dans ce "plan idéal" les responsables de la Marine impériale se sont donc entendus pour mettre sept  (!) Yamato en service à partir de 1941, puis quatre "Super-Yamato" encore plus gros et dotés de pièces de 510mm à partir de 1946, en sorte de pouvoir disposer, à la fin des années 1940, d'une sorte de "super-flotte de super-cuirassés" supposément invincibles puisque théoriquement capables, avec leurs énormes canons et leurs épaisses plaques de blindage, de balayer de la surface des flots tous les cuirassés "ordinaires" que les Occidentaux  seraient eux-mêmes  parvenus à construire jusque-là !

Le problème, c’est que la guerre a éclaté bien plus tôt que prévu, et même avant que le premier des Yamato ne soit entré en service…

dimanche 10 décembre 2017

5402 - en attendant le neuf...

L'Almirante Lattore chilien : la Navy tenta de l'acheter après Pearl Harbor
… car dans les deux camps, et aussi incroyable cela puisse-t-il sembler aujourd’hui, les cuirassés conservent encore de solides partisans !

Côté américain, en attendant l’entrée en service des nouveaux mastodontes déjà commandés (1) ainsi que le résultat d’une fort improbable mission envoyée au Chili pour y négocier le rachat du vieux Almirante Lattore (2), il importe avant tout de remettre rapidement à flots le maximum de bâtiments détruits à Pearl Harbor.

Bien sûr, au-delà de l’utilité - réelle ou supposée - de tous ces vieux bâtiments, c’est aussi une question de prestige, une manière de démontrer à l’ennemi "qu’il n’a pas réellement coulé" les navires qu’il revendique dans sa propagande puisque ceux-ci, tels de merveilleux  Phénix, vont "bientôt renaître" et reprendre le combat !

Si l’Arizona, l’Oklahoma et l’Utah (qui comme nous l’avons vu n’était déjà plus qu’un bateau-cible) sont malheureusement autant de pertes totales et définitives,  les Tennessee et Maryland pourront néanmoins reprendre du service dès février 1942, le Pennsylvania en mars, et le Nevada  en octobre de la même année, mais il faudra néanmoins attendre janvier et juillet 1944 avant que les California et West Virginia puissent à leur tour rejoindre une US Navy qui, dans l’intervalle, aura elle-même énormément changé, au point de s’articuler désormais exclusivement autour de ses porte-avions lourds, devenus les seuls et uniques capital ships à protéger à tout prix !

(1)  les quatre South Dakota entreront en service entre mars et aout 1942, et les quatre Iowa entre février 1943 et juin 1944
(2)  version agrandie de l’Iron Duke, le cuirassé Almirante Lattore avait été construit en Grande-Bretagne en 1914 pour le compte de la marine chilienne. Réquisitionné par la Royal Navy, sous le nom de HMS Canada, dès le début de la 1ère G.M., il avait finalement été restitué au Chili en 1920.

samedi 9 décembre 2017

5401 - plus rien d'invincible...

Le naufrage du Prince of Wales : face à l'avion, il n'y a plus rien d'invincible
... Kuantan (Malaisie), 10 décembre 1941

Le 10 décembre, au large de Kuantan, les bimoteurs japonais réussissent en effet, et avec une facilité déconcertante, à envoyer par le fond deux des plus grosses unités de la Royal Navy, et en particulier un cuirassé ultra-moderne que les Britanniques n'étaient pas loin de considérer comme invincible.

Sur mer, et face à l'avion, il n'y désormais plus rien d'invincible...

En moins de 48 heures, l'Aviation japonaise a donc réussi à couler ou à sérieusement endommager dix cuirassés et croiseurs de bataille alliés, soit... le même nombre de navires que possède la Marine impériale !

Pour le Japon, c'est une grande victoire de plus, que les aviateurs fêtent d'ailleurs comme il se doit, ainsi qu'une immense et légitime source de fierté, ressentie à travers tout l'archipel.

Mais pour les marins japonais, et en particulier pour les responsables de l'Amirauté qui jusqu'ici ne juraient eux aussi que par les cuirassés  et autres "super-cuirassés", et qui  avaient d’ailleurs englouti une véritable fortune dans l'entre-deux-guerres afin de moderniser les premiers et construire les seconds, c'est une très mauvaise nouvelle !

Car la preuve est désormais faite que même en mer, même doté des plus épaisses plaques de blindage possibles, et même équipé d'une artillerie antiaérienne moderne, le cuirassé n'est plus en mesure de se défendre seul contre une poignée d'aéronefs simplement menés par des pilotes déterminés.

Pourtant, et dans les deux camps, certains croient encore au miracle...

vendredi 8 décembre 2017

5400 - la dissuasion... non dissuasive

Le Repulse : un croiseur de bataille (beaucoup) trop loin
… Singapour, 8 décembre 1941

Car cette attaque contre Pearl Harbor ne constitue évidemment que le préalable obligé à une offensive de bien plus grande envergure !

Le 8 décembre  à 04h00 (1), c-à-d deux heures à peine après la destruction de la plus grande partie de la Flotte américaine du Pacifique, les premières bombes japonaises s'abattent en effet sur Singapour où, sur ordre de Winston Churchill, le cuirassé Prince of Wales et le croiseur de bataille Repulse sont arrivés quelques jours plus tôt pour une mission de "dissuasion" (2) qui, à l'évidence, n'a nullement... dissuadé les Japonais de partir en guerre !

Dans l'après-midi, ne pouvant décemment retraiter vers l'Australie, et craignant de subir un nouveau Pearl Harbor s'il reste mouillé dans la rade, l'Amiral Tom Phillips décide alors d'appareiller vers le Golfe de Thaïlande, et plus précisément vers Singora, où un important débarquement japonais est en cours.

Mais repérée la nuit suivante, la petite escadre britannique est contrainte de faire demi-tour et se retrouve, à l'aube du 10 décembre, au large de Kuantan (Malaisie) où un nouveau débarquement japonais - celui-là imaginaire - a été signalé.

Peu avant midi, les bâtiments britanniques - qui ne bénéficient d'aucune protection aérienne - sont repérés, puis attaqués en plusieurs vagues successives, par une petite centaine de bombardiers-torpilleurs japonais partis de Saïgon.

Des avions qui, en moins de deux heures, vont écrire une nouvelle page d'Histoire…

(1) 7 décembre 1941 et 10h00, heure de Pearl Harbor
(2) Saviez-vous que... Le Drame de Kuantan

jeudi 7 décembre 2017

5399 - repartir au plus vite

Avant que nous en ayons fini avec cette guerre, on ne parlera plus japonais qu’en enfer !"
… Pearl Harbor, 8 décembre 1941

Mais les Japonais demeurant introuvables, il n’y a plus d’autre choix, au soir du 8 décembre, que de rentrer, de nuit, à Pearl Harbor.

En pénétrant dans la rade, Halsey, à l’instar de tous les marins de l’Enterprise, contemple alors le désastre à la lueur des incendies qui continuent de faire rage et, les dents serrées, prononce alors la phrase qui va bientôt galvaniser l’Amérique en guerre, mais qu’on lui reprochera après celle-ci...

..."Avant que nous en ayons fini avec cette guerre, on ne parlera plus japonais qu’en enfer !"


Mais ce moment semble d'autant plus irréaliste que l’US Navy n’a en vérité plus rien pour s’opposer à l’avance japonaise. Rien,... si ce n’est, peut-être, deux ou trois porte-avions et quelques sous-marins, soit autant de navires dépourvus de blindage et de tout canon de gros calibre

Kimmel, auprès duquel Halsey se présente aussitôt au rapport, ne peut d’ailleurs que lui conseiller de se ravitailler aussi vite que possible puis de déguerpir, histoire de ne pas se retrouver à son tour pris au piège par une nouvelle attaque japonaise.

A l’aube du 9 décembre, l’Enterprise et ses navires d’escorte reprennent donc la mer, sans trop savoir ce qu’ils vont y trouver…

mercredi 6 décembre 2017

5398 - friendly fire

… à Pearl Harbor, le pauvre amiral Kimmel ne perd pas non plus son temps, et ordonne à tous les navires de la Flotte du Pacifique actuellement en mer, ou en mesure de quitter la rade, de rejoindre la flottille de Halsey et de se placer immédiatement sous son commandement.

Mais un porte-avions - le Lexington - et une poignée de croiseurs et de destroyers supplémentaires dispersés sur des centaines de kms d'océan, ce n’est guère pour affronter les forces mobilisées par les Japonais… ni  même pour les retrouver dans l’immensité du dit océan !

De fait, en dépit de ses efforts frénétiques et des multiples vols de reconnaissance qu’il expédie tout au long de la journée du 7 décembre, Halsey, qui pour l’heure ignore encore tout de l’ampleur du désastre que vient de subir Pearl Harbor, ne parvient pas à accrocher ni même à repérer un seul navire nippon.

Sur la passerelle de l’Enterprise, il fulmine, tourne en ronds, multiplie les anathèmes sur ces "salopards de Japonais qui nous attaquent, qui tuent nos concitoyens, qui descendent nos avions, qui coulent nos navires… puis qui s’inclinent et nous disent "excusez-nous mais nous avons décidé de vous déclarer la guerre"".

Mais les dits salopards restent invisibles, et la colère de Halsey est d’autant moins sur le point de s’apaiser qu’au crépuscule, six de ses chasseurs, déroutés sur Pearl Harbor par manque d’essence, se font proprement canarder par leurs propres compatriotes à bout de nerfs (!), un friendly fire qui provoque la mort de trois pilotes, les premiers sous son commandement.

Il y en aura bien d’autres…