dimanche 25 février 2018

5479 - les oeufs et l'omelette

Endommagé durant la nuit, le Hiei sera achevé par l'Aviation le lendemain
… à l'aube du 13 novembre, tournant en ronds à seulement cinq nœuds, et dès lors devenu une proie facile, le malheureux Hiei est pourchassé et bombardé sans discontinuer par l’aviation américaine de Henderson Field mais aussi par celle de l’Enterprise.

Abandonné par son équipage, il est finalement sabordé dans la soirée.

Au bilan de cet engagement, la Marine impériale a donc perdu un cuirassé et deux destroyers, et a été contrainte de battre en retraite sans avoir pu détruire Henderson Field et ainsi assurer la sécurité des transporteurs de troupes, qui ont dû faire demi-tour.

La Navy, de son côté, déplore la perte de deux croiseurs et quatre destroyers, un prix élevé, certes, mais que l’Amérique est - pour l’instant ! - disposée à accepter, et d’autant plus que Halsey, lors de sa visite du 8 novembre à Guadalcanal, lui a clairement annoncé la couleur, en soulignant que la victoire ne s’obtiendrait pas sans pertes et "que l’on ne faisait pas d’omelette sans casser des oeufs"

Et l’affaire n’est pas terminée car Yamamoto, à Truk, n’a toujours pas renoncé à débarquer des renforts : après avoir relevé Abe de son commandement, il a chargé Nobutake Kondō de recommencer aussitôt que possible  l’opération, avec le même Kirishima renforcé de quelques croiseurs !

Dans l’immédiat, ce sont toutefois les six croiseurs lourds et légers du vice-amiral Gunichi Mikawa qui, dans la nuit du 13 au 14 novembre, et cette fois sans opposition américaine, se présentent devant Henderson Field pour y faire pleuvoir un déluge d’obus… néanmoins fort peu concluant puisque, quelques heures plus tard, les avions réussissent à redécoller de la piste endommagée et à couler plusieurs transporteurs de troupes japonais et même le croiseur Kinugasa qui s’en retournait à Rabaul

samedi 24 février 2018

5478 - une baie au fond de ferraille

Le Laffey et le Hiei : à quelques mètres l'un de l'autre
... Guadalcanal, 13 novembre 1942, 01h50

Pour faire face à l’arrivée des cuirassés et navires d’accompagnement japonais, le contre-amiral Daniel Callaghan - qui va trouver la mort quelques minutes - a disposé les cinq croiseurs et les huit destroyers dont il dispose par le travers du Savo Sound que chacun, pour d'évidentes raisons, rebaptisera bientôt Ironbottom Sound, c-à-d "baie au fond de ferraille".

Les Japonais, on le sait, sont passés maîtres dans les combats de nuit, et si les Américains disposent quant à eux de radars de plus en plus nombreux, et de plus en plus performants, ils les maîtrisent encore assez mal, en sorte que la bataille qui s'ensuit s'avère particulièrement confuse : chacun tirant pour ainsi dire sur tout ce qu'il aperçoit - ou croit apercevoir - sur ses écran ou au travers de ses télémètres.

Avec leurs modestes 203, 155 et même - pour les destroyers - 127mm, les bâtiments américains ne font évidemment pas le poids face aux 356mm des cuirassés nippons, mais Abe, qui doit bombarder un aérodrome et ne s’attend pas du tout à un engagement contre des navires de surface, n’a quasiment chargé, et fait préparer, que des obus explosifs, beaucoup moins efficaces que des perforants pour une lutte anti-navires.

Pour ne rien arranger, les tirs s’effectuent quasiment à bout portant, parfois même à quelques mètres (!), et comme les Hiei et Kirishima sont beaucoup plus haut sur l’eau que leurs adversaires, ils peinent à engager leur artillerie principale alors que les canons des croiseurs et destroyers américains, eux, bien qu’incapables de percer les ceintures cuirassées, sont en mesure de faire un carnage dans les superstructures des Japonais.

Au final, ce sont donc ces derniers qui, vers 02h30 décident de jeter l'éponge et de battre en retraite, une retraite néanmoins catastrophique pour le Hiei qui, gravement endommagé aux machines et à la barre, se traîne à cinq nœuds et s'avère quasiment ingouvernable…

vendredi 23 février 2018

5477 - "aux alentours du vendredi 13 novembre"

Le Hiei et le Kirishima, en route vers le Détroit de Savo, 12 novembre 1942
… Nouméa, 9 novembre 1942

Mais pour l’heure, les dits "singes" ne manifestent aucune intention de retraiter !

Au contraire : à peine rentré à Nouméa, Halsey prend connaissance d’un message de Nimitz qui lui annonce que, selon les services de Renseignement, Yamamoto prépare, "aux alentours du vendredi 13 novembre" une nouvelle offensive mobilisant "jusqu’à cinq porte-avions" !

Les Renseignements se trompent sur les moyens - avec le départ des  Zuihō, Shōkaku, Zuikaku et Hiyō pour le Japon, Yamamoto ne dispose plus à Truk que du seul Junyō (1) - mais pas sur l’intention : afin de protéger un convoi de renfort d’Infanterie parti de Rabaul à destination de Guadalcanal, et qui risque d’être victime de l’Aviation américaine basée à Henderson Field, Yamamoto a prévu de lancer sur cet aérodrome un raid semblable à celui du 12 octobre, c-à-d mené par deux autres "cuirassé rapides" de la classe Kongo, en l’occurrence les Hiei et Kirishima, qui, placés sous le commandement du vice-amiral Hiroaki Abe, devront attaquer l’aérodrome de nuit, avec des obus explosifs à fragmentation.

Pour les contrer, Halsey dispose de l’Enterprise - dont seul l’ascenseur arrière est opérationnel, et qui quitte Nouméa le 11 novembre - des cuirassés South Dakota et Washington, d’une demi-douzaine de croiseurs et d’une vingtaine de destroyers.

Mais nombre de ces bâtiments sont eux-mêmes déjà occupés à escorter un autre convoi - américain celui-là - en direction de Guadalcanal, en sorte que lorsque Abe se présentera finalement par le travers du Détroit de Savo, il ne trouvera que de simples croiseurs et destroyers pour lui barrer la route…

(1) lancé comme paquebot, sous le nom de Kashiwara Maru, en 1938, le Junyō avait été achevé comme porte-avions entre juin 1941 et mai 1942

jeudi 22 février 2018

5476 - "Tuer des Japs, tuer des Japs et encore tuer des Japs !"

Le South Dakota, en réparation à Nouméa. Notez les taches de mazout
.... Guadalcanal, 8 novembre 1942

Et malgré le peu de moyens dont elles disposent à Nouméa, les équipes, constamment houspillées par l’irascible amiral, de se relayer 24 heures sur 24 pour réparer non seulement l’Enterprise mais aussi le cuirassé South Dakota, que l’on voulait également renvoyer à Pearl Harbor mais qui va au contraire bientôt connaître son heure de gloire au large de Guadalcanal.

"Nous ne sommes pas le moins du monde démoralisés ou perturbés par nos difficultés", écrit Halsey à Nimitz, "mais uniquement obsédés par une seule idée : tuer ces batards jaunes, et c’est ce qu’on va faire"

"C’est l’attitude à avoir", note simplement Nimitz en marge du télégramme.

Et puisque tout est une question d’attitude, Halsey de débarquer à Guadalcanal le 8 novembre, histoire de prouver aux Marines qu’il ne les oublie pas, mais aussi de leur expliquer, à eux mais aussi aux correspondants de guerre, sa "recette" pour gagner la guerre, laquelle n’est pas sans évoquer celle de Patton et qui se résume en une phrase "Tuer des Japs, tuer des Japs et encore tuer des Japs !" (1)

Les Japonais, ajoute-t-il, "ne sont que des singes, et quand je dis des singes c’est parce que je n’ose pas vous dire comment je souhaiterais les appeler. La prochaine initiative du Japon, ce sera de retraiter, et on va continuer à les faire retraiter !"

(1) Wikovits, op cit, page 106

mercredi 21 février 2018

5475 - "il vaut toujours mieux un navire endommagé que pas de navire du tout"

L'Enterprise, à Nouméa, 10 novembre 1942
... Nouméa, 30 octobre 1942

Même si elle a, in fine, empêché la flotte japonaise d’attaquer Guadalcanal, la performance du contre-amiral Kinkaid à la Bataille des Îles Santa-Cruz n’a pas - et c’est bien le moins qu’on puisse en dire - impressionné Halsey, convaincu, à tort ou à raison, que son subordonné aurait pu, aurait dû, faire beaucoup mieux.

Et même si elle ne s’exprimera jamais en public, la tension entre les deux hommes jouera un grand rôle dans deux ans, lors de la Campagne de reconquête des Philippines.

Mais n’anticipons pas car, dans l’immédiat, après la perte du Hornet, la Navy se retrouve sans aucun porte-avions opérationnel dans le Pacifique sud, puisque l'Enterprise, qui, le 30 octobre est parvenu tant bien que mal à rallier Nouméa, doit à présent entreprendre la traversée jusque Pearl Harbor et un chantier de réparations qui va assurément l’immobiliser pour plusieurs semaines.

... ou plutôt "qui l’immobiliserait"... si Halsey avait la moindre intention de le laisser partir plutôt que de le renvoyer au combat sine die !

"Dém… vous pour le réparer !", tonne-t-il.

Et aux ingénieurs et mécaniciens qui lui font remarquer qu'à supposer-même qu'ils réussissent, avec les moyens du bord, à débloquer l’ascenseur avant, rien ne garantit qu'ils pourront ensuite le remettre en fonction, Halsey de rétorquer que puisqu’il en est ainsi ils n’ont qu’à le laisser tel qu’il est et qu'on se contentera de l’ascenseur arrière, ce qui certes diminuera les capacités opérationnelles du navire, "mais qu’il vaut toujours mieux un navire endommagé que pas de navire du tout" !

mardi 20 février 2018

5474 - bientôt kamikazes...

Le Kamikaze : l'évolution ultime du pilote japonais
… et là où les Américains auront toujours les moyens d'entraîner leurs recrues loin du Front, et de retirer de ce même Front des pilotes expérimentés et capables de servir d'instructeurs, les pilotes japonais seront précipités dans la bataille bien trop vite.

Et comme on ne pourra pas non plus se passer au Front des pilotes les plus aguerris, ceux-ci continueront de se battre jusqu'à l'épuisement, ou la mort, sans pouvoir transmettre leur expérience aux plus jeunes !

Dans la plus pure logique du cercle vicieux, et à mesure que la situation militaire empirera, la qualité des nouveaux pilotes nippons diminuera,... aggravant du même coup la situation militaire !

Comme le résumera un pilote japonais "en octobre 1942 [donc juste avant la Bataille des Iles Santa Cruz], nos équipages de bombardiers en piqué venaient de terminer un ultime cycle d'entraînement au Japon (...) contre le navire-cible Settsu (...) Ces tests avaient montré que des scores de neuf coups au but sur neuf piqués étaient chose courante. Dans les mêmes conditions d'attaque [sur le même navire, en juin 1944] le nombre de coups au but dépassa alors rarement un pour neuf piqués. Il était impossible pour nos jeunes sortant tout droit des écoles d'acquérir en quelques semaines, voire quelques jours, le niveau que leurs aînés avaient mis des années à atteindre"

"Le 7 décembre 1941, les commandants du groupe aériens totalisaient environ 2 000 heures de vol, les plus jeunes 1 500",
reconnaîtra pour sa part le célèbre as Minora Genda. "A titre de comparaison, la moyenne des pilotes du 343e Kokutai, en 1945, totalisaient 400 heures de vol. Les plus jeunes de mes hommes n'en avaient que 150. Cette unité était alors considérée comme une unité d'élite".

(...) "J'en perdis 100 en cinq mois de combat. A cette époque, le Japon n'avait plus les moyens d'offrir à ses aviateurs un entraînement sérieux. (...) Il nous restait bien quelques vétérans qui, comme moi, totalisaient 3 000 heures de vol, mais ces hommes d'exception ne totalisaient que 5% de l'effectif global"


A peine capables de décoller et d'atterrir, ces oisillons représenteront alors bien plus un fardeau qu'un atout pour ces quelques rares vétérans à qui l'on demandera non seulement de continuer à combattre, mais aussi de le faire en formant "sur le tas" des jeunes dont ils savent qu'ils n'ont de toute manière que quelques jours à vivre...

lundi 19 février 2018

5473 - "aucun de nos pilotes ne portait de parachute"

Le Zero : efficace, mais trop fragile, et mortel pour ses pilotes
..."En 1945, les ingénieurs de Mitsubishi installèrent des réservoirs auto-obturants et des plaques de blindage sur nos Zéro", expliquera un pilote nippon.

"Très vite, je demandai, comme la plupart de mes camarades, a en être débarrassé et fit également disparaître la radio de bord qui marchait toujours aussi mal (...) Dans la mesure où notre sécurité importait peu, cela augmentait les performances de nos machines.

(...) Un jour de 1945, je fus extrêmement surpris de voir le kit de sauvetage dont disposaient les aviateurs ennemis : matériel de pèche, moustiquaire, canot pneumatique, rations conditionnées, miroir de signalisation, etc...  Notre propre équipement se limitait à un pistolet automatique Nambu de 8mm pour nous suicider le cas échéant".

"Comme les pilotes ennemis le comprirent très vite, une seule rafale de 12.7mm dans les ailes d'un "Zéro" suffisait à le transformer en boule de feu"
, résumera pour sa part le grand as japonais Saburo Sakai.

"Malgré cela, aucun de nos pilotes ne portait de parachute. (...) En fait, le parachute nous gênait plus qu'autre chose dans l'étroit cockpit du "Zéro" (...) L'autre raison de son inutilité à nos yeux tenait au fait que nous combattions presque toujours au dessus des positions ennemies. Il était donc hors de question pour nous de sauter en parachute car cela aurait immanquablement signifié la capture et le déshonneur (...) le terme "prisonnier de guerre" n'existait pas. Si l'un de nous ne rentrait pas de mission, il ne pouvait être que mort"

En conséquence, là où le pilote américain abattu conserve malgré tout une bonne chance de survivre et de pouvoir reprendre le combat, son homologue japonais est quant à lui condamné à mort et doit donc être remplacé, mais même lorsque ce remplacement est possible, le nouveau pilote, dénué d'expérience, est forcément moins efficace que son aîné au combat, mais aussi bien plus susceptible d'être abattu à son tour !