samedi 20 janvier 2018

5443 - le ver et le fruit

Le Shokaku après la Mer de Corail : plusieurs mois de réparations en vue
… car au même moment, et à des milliers de kms de là, l’amiral Yamamoto a décidé de lancer son Plan MI !

Mais déjà, un premier problème se présente : le Shokaku est en effet revenu si endommagé de la Mer de Corail qu’il se trouve hors-service pour plusieurs mois.

Son jumeau Zuikaku est intact mais, du fait des combats, son groupe aéronaval a été réduit de moitié, à l’instar d’ailleurs de celui du Shokaku, et il n’existe déjà - et ce point est capital pour la suite des événements - aucun groupe de réserve capable d’assumer immédiatement la relève !

Et comme personne ne songe à transférer sur le Zuikaku ce qui reste des aviateurs du Shokaku (!), voilà le Zuikaku lui aussi sur la touche !

Sur les onze porte-avions prévus à l’origine, seuls huit pourront donc finalement participer à l’action.

A  huit contre deux - le Yorktown étant lui aussi considéré comme coulé - la supériorité nippone n’en demeure pas moins manifeste,… n’était le fait que l’offensive de diversion sur les Aléoutiennes va elle-même mobiliser les porte-avions Ryūjō et Junyō, tandis que les Hōshō et Zuihō sont quant à eux requis pour la protection respectives des cuirassés et croiseurs de bataille de Yamamoto et Kondo, qui évolueront loin en arrière de Nagumo

Dit autrement, en arrivant devant Midway, ce dernier ne disposera en définitive que des quatre Akagi, Kaga, Hiryu et Sōryū

vendredi 19 janvier 2018

5442 - avantage Japon

Le Lexington, en flammes
... mais le lendemain, les pilotes des Zuikaku et du Shokaku attaquent les Yorktown et Lexington dont les aviateurs, de leur côté, s’en prennent aux Zuikaku et Shokaku !

L’affrontement est indécis mais au bout du compte à l’avantage des Nippons puisque le Lexington, ravagé par les incendies doit finalement être sabordé tandis que le Yorktown subit lui-même de tels dommages qu’on lui pronostique dores et déjà plusieurs mois de réparations dans un chantier naval !

Ainsi meurtri, Fletcher n’a d’autre choix que de se retirer, laissant ainsi les Japonais seuls maîtres du champ de bataille.

Sur un plan strictement matériel, cette Bataille de la Mer de Corail constitue donc un incontestable succès nippon : la destruction du Lexington de 40 000 tonnes compensant très largement celle du petit Shoho de 13 000 tonnes.

Mais comme Nagumo à Pearl Harbor, et comme Kajioka devant l'île de Wake, Inoue ne saisit pas sa chance : au lieu de poursuivre immédiatement Fletcher, il décide plutôt, dans un premier temps, de s’en tenir à son plan initial,… auquel il finira néanmoins par renoncer, ordonnant alors à la flotte d’invasion de faire demi-tour !

Halsey, de son côté, n’est pas plus heureux : après avoir manqué la bataille, le voilà qui passe ensuite les jours suivants à traquer un ennemi invisible avant de recevoir, le 14 mai, un ordre de Nimitz lui enjoignant de rallier d'urgence Pearl Harbor où sa présence, et celle de ses porte-avions, est à présent jugée critique…

jeudi 18 janvier 2018

5441 - le premier but

Le porte-avions léger Shoho : première victime de la Bataille de la Mer de Corail
... Pearl Harbor, 25 avril 1942

En arrivant à Pearl Harbor le 25 avril, Halsey bout littéralement d’impatience à l’idée de reprendre la mer pour s’offrir enfin l’engagement porte-avions contre porte-avions auquel il rêve depuis le début de la guerre.

Mais cette impatience a aussi, et malheureusement, pour effet d’aggraver le mystérieux problème de santé dont il souffre depuis plusieurs semaines et qui, non content de lui avoir déjà fait perdre de nombreux kilos, le force à se gratter continuellement jusqu’au sang.

Bien qu’elle empire de jour en jour, cette dermatite ne l’empêche pas pour l’heure d’appareiller le 30 avril avec le Hornet, l’Enterprise et les cinq croiseurs de Spruance qui, a 20 nœuds, mettent aussitôt le cap vers le sud-ouest dans l’espoir de rejoindre l’escadre de Fletcher avant que celle-ci n’arrive elle-même en contact avec les Japonais.

Las ! le 6 mai, la nouvelle des premiers affrontements parvient sur la passerelle de l'Enterprise, encore bien trop loin de la Mer de Corail pour prétendre y jouer quelque rôle que ce soit.

Car de fait, et comme l'avaient prévu les services de renseignement, les forces japonaises de l'amiral Inoue ont appareillé le 4 mai 1942 pour attaquer et envahir Port Moresby

Et dans les affrontements qui s'ensuivent, ce sont les Américains qui marquent le premier but, en réussissant, le 7 mai, à couler le Shoho, un porte-avions léger de 13 000 tonnes, né ravitailleur de sous-marins

Double première en fait, puisque le malheureux Shoho devient aussi le premier porte-avions coulé par les appareils d'un autre porte-avions !

mercredi 17 janvier 2018

5440 - sur la ligne rouge

... San-Francisco, 24 avril 1942

Car alors qu'à Pearl Harbor chacun attendait fiévreusement les résultats du Raid sur Tokyo (1), c'est une toute autre nouvelle qui s'est abattue sur le bureau de l'amiral Nimitz.

Selon les services de décryptage, les Japonais s'apprêtent en effet à lancer dans les prochains jours, en Mer de Corail, une importante opération amphibie, impliquant "au moins trois porte-avions", et visant à s'emparer de Port Moresby, en Nouvelle-Guinée.   

Or la Nouvelle-Guinée, c'est l'ultime frontière avant l'Australie, autrement dit en plein sur la "ligne rouge" tracée par l'amiral King dans ses instructions à Nimitz, lequel saute aussitôt dans un avion pour San-Francisco afin de s'entendre avec ce dernier sur la meilleure conduite à tenir.

Le 24 avril, les deux hommes conviennent de l'obligation pour les États-Unis d'expédier au plus vite une escadre à la rencontre des Japonais.

L'idéal serait évidemment d'y envoyer Halsey, mais ce dernier est encore sur le chemin du retour vers Pearl Harbor, et il faudrait de toute manière plusieurs jours pour remettre le Hornet et l'Enterprise en état d'entreprendre une nouvelle traversée de plus de 6 000 kilomètres !

Faute de l'aigle, on décide donc d'envoyer le merle, ou plutôt la Task Force 17, autrement dit les porte-avions Yorktown et Lexington, commandés par le contre-amiral Fletcher, un homme que chacun s'accorde à reconnaître aussi compétent qu'exagérément prudent, ce pourquoi il devra céder sa place à Halsey à la tête de l'escadre américaine si ce dernier, après s'être ravitaillé, parvient à le rejoindre à temps... 

(1) Roosevelt attendra le 21 avril avant de communiquer la nouvelle de ce raid, et se montrera très évasif non seulement sur ses résultats réels mais aussi sur les circonstances de celui-ci, allant même jusqu'à affirmer que les bombardiers avaient décollé depuis "Shangri-La", une "base secrète" étable "quelque part dans l'Himalaya". Cette légende demeurera vérité officielle jusqu'en 1943

mardi 16 janvier 2018

5439 - de l'art de galvauder son avantage

Midway : plus de 3 000 morts pour 6 kms carrés...
… mais à l’insu de Yamamoto, les services de décryptage américains qui, comme nous l’avons vu, travaillent à "casser" les codes nippons depuis le début des années 1920, vont être en mesure, plusieurs jours avant  la bataille, de dresser un portrait relativement précis des intentions et de la composition des différentes forces japonaises, ce qui conférera un immense avantage à celles rameutées par Nimitz.

Outre le décryptage, le hasard et la simple chance vont également jouer un grand rôle, mais, en définitive, l’échec du Plan MI, et le désastre de Midway, sont d’abord et avant tout attribuables à Yamamoto lui-même !

Stratégiquement déjà, et malgré tout le talent et l’intelligence qu’on prête volontiers à son auteur, le Plan MI semble figé dans le Temps et une conception quasiment préhistorique de la Guerre navale, où il s’agit encore d’attirer la flotte ennemie dans un piège, puis de l’y écraser avec les plus gros navires et les plus gros canons dont on dispose.

Tactiquement, la situation est pourtant encore pire puisque, tout à sa volonté de dissimuler aux Américains la nature exacte de ses intentions, l’amiral a fort imprudemment éparpillé ses forces sur des milliers de kilomètres carrés d’océan, et galvaudé ainsi tout l’avantage numérique dont il disposait : en pratique, lorsqu’il devra affronter son adversaire devant Midway, Nagumo ne disposera en effet que d’une supériorité marginale sur ce dernier, et ne pourra pas compter sur le soutien de son chef, dont les énormes cuirassés, qui traînent des centaines de kilomètres derrière lui, ne seront jamais en mesure de le rejoindre à temps !

Mais n’anticipons pas…

lundi 15 janvier 2018

5438 - Le Plan MI

Le Plan MI : schématiquement simple, très difficile à mettre en œuvre...
... en cette fin d'avril 1942, la Marine impériale dispose en effet, avec l'entrée en service du Yamato, de onze cuirassés et croiseurs de bataille opérationnels, mais aussi... de onze porte-avions et d'une quinzaine de croiseurs lourds et légers.

Par contraste, l'US Navy fait pâle figure, avec seulement trois cuirassés rescapés de Pearl Harbor (les vieux Pennsylvania, Tennessee et Maryland), quatre (1) porte-avions (Yorktown, Enterprise, Hornet et Lexington) et huit croiseurs...

Matériellement parlant, l'objectif de Yamamoto apparait donc réalisable, et même très facile à réaliser,... n’était le fait que, depuis le début de la guerre, les plans de bataille japonais, et particulièrement ceux de Yamamoto, se caractérisent par leur très - et trop - grande complexité.

Celui-ci, le Plan MI, constitue même, si l’on peut dire, un modèle du genre, puisqu'il implique la mise en œuvre et, surtout, la coordination, de plus de 200 navires de tout type, répartis en plusieurs flottes différentes, séparées les unes des autres par plusieurs centaines voire plusieurs milliers de kilomètres ! 

Schématiquement, ce plan peut néanmoins se résumer ainsi :

* menée par l'amiral Hosogaya, une première force, elle-même scindée en un groupe d'attaque et un autre d'occupation, s'en prendra à l'archipel des Aléoutiennes, ce qui, en toute logique, devrait détourner l'attention des Américains de l'objectif principal, à savoir Midway.
* Cet atoll sera quant à lui attaqué par une escadre de porte-avions commandés par l'amiral Nagumo, vainqueur de Pearl Harbor, appuyé par deux groupes de soutien et un groupe de débarquement.
* postée en embuscade, à des centaines de kilomètres en arrière de Nagumo, la force principale proprement dite, menée par Yamamoto lui-même, se chargera ensuite d'anéantir, sous les obus de ses puissants cuirassés, la flotte américaine qui, toujours en toute logique, devrait en effet quitter Pearl Harbor dès qu'elle apprendra l'attaque sur Midway...

(1) victime d'une torpille de sous-marin le 11 janvier, le Saratoga se trouvait alors en réparations au chantier naval de Bremerton (État de Washington)

dimanche 14 janvier 2018

5437 - et maitenant ?

La zone conquise par le Japon, avant la Bataille de Midway
… car jusqu'ici, lorsqu'ils envisageaient la suite de leurs conquêtes, les stratèges japonais hésitaient entre poursuivre vers le Sud et l'Australie, ou alors vers l'Est, en direction d'Hawaï.

Mais les raids menés par les porte-avions de Halsey, et en particulier celui sur Tokyo ont fini par convaincre le commandement de tout mettre en œuvre pour mettre définitivement l’archipel et ses conquêtes à l’abri de ce genre d'attaques.

Pour cela, il faut s’emparer, au nord-est, des îles Aléoutiennes et, à l’est, du minuscule atoll de Midway, qui, comme son nom l'indique, se trouve situé à mi-chemin entre la côte ouest américaine et l’Asie

Mieux vaudrait évidemment s’en prendre directement aux îles Hawaï elles-mêmes, mais, pour l’heure, avec une Infanterie japonaise déjà largement éparpillée en Chine et dans tout l’Extrême-Orient, et la présence, à Hawaï, de bombardiers quadrimoteur américains à long rayon d’action, le morceau apparaît trop difficile à avaler.

De toute manière, Midway fera un objectif de remplacement d’autant plus acceptable qu’il ne manquera pas d’inciter ce qui reste de la Flotte américaine du Pacifique – et en particulier ses précieux porte-avions – à se porter à son secours, offrant ainsi à la Marine impériale la possibilité de l’annihiler en une seule bataille décisive, exactement comme elle l’a fait en mai 1905, à Tsu-shi-ma, au détriment de la flotte russe du tsar Nicolas II.

Et cet objectif apparaît d’autant plus réaliste que sa supériorité matérielle sur l’US Navy est écrasante...