mercredi 23 août 2017

5293 - le corridor infernal

colonne américaine, dans les Ardennes
... Bastogne, 30 décembre

Le 30 décembre, conformément à la première partie du plan, la Panzer Lehr et la 27ème division de Volksgrenadiers, réapprovisionnées tant bien que mal en carburant et munitions, frappent donc à l'Est du corridor qui mène à Bastogne,... tout en s'efforçant de coordonner leurs efforts avec la 1ère Panzer-SS et la 167ème division de Volksgrenadiers, qui en font de même à l'Ouest.

Ce faisant, les deux premières tombent inévitablement sur les 11ème D.B. et 87ème D.I. américaines que Patton a envoyées vers le Nord,... et les deux autres sur les 4ème D.B. et 35ème D.I. du même Patton !

Chaude affaire ! ponctuées d'interventions de l'Aviation alliée, les batailles rangées et autres escarmouches se succèdent pendant quatre jours de part et d'autre de ce corridor infernal... sans que l'un ou l'autre camp soit en mesure de s'assurer un avantage décisif, ce qui, considérant le fait que le dit corridor demeure malgré tout ouvert et que le Temps, on le sait, joue en défaveur des Allemands, peut néanmoins être vu comme une nouvelle victoire américaine.

Hitler ne l'ignore pas, qui, le soir du 2 janvier, va ordonner à la 9ème Panzer, et à la 12ème Panzer-SS "Hitlerjugend" d’attaquer directement la ville depuis le Nord et le Nord-est… sans savoir qu’Eisenhower, le jour précédant, a pour sa part décidé d’envoyer la 17ème Division aéroportée (1) sur Bastogne…

(1) au déclenchement de Wacht Am Rhein, la 17ème D.I. se trouvait en Angleterre. Parvenue à Charleville le 25 décembre pour défendre la Meuse, elle fut expédiée vers Bastogne le 1er janvier 1945

mardi 22 août 2017

5292 - Oberbefehlshaber Oberrhein

Himmler, inspectant des troupes : faites ce que je vous ordonne, pas ce que je fais
… pour ne rien arranger, et diminuer encore un peu plus les chances de succès, ces deux opérations ont été conçues à la va-vite (Nordwind seulement à partir du 21 décembre !), les pilotes prévus pour Bodenplatte sont pour la plupart dénués d’expérience, et Nordwind comprend elle-même non pas une mais bien deux opérations distinctes qui, non contentes d’être placées sous deux commandements (très) différents seront également… non coordonnées !

Car si la composante principale de Nordwind sera menée par un authentique professionnel de la guerre, sous les drapeaux depuis près d’un demi-siècle, Johannes Blaskowitz, la seconde, qui devra percer à partir de la Poche de Colmar, le sera par un catastrophique amateur, le Reichsführer-SS Heinrich Himmler, qu’Hitler, en reconnaissance de sa fidélité à son égard, a nommé commandant-en-chef de l'Oberbefehlshaber Oberrhein (Groupe d'Armées Oberrhein) le 26 novembre précédant !

Sous ses allures martiales, Himmler est en réalité un personnage pâlot, qui a établi son quartier-général dans son propre et luxueux train privé, où il ne se lève pas avant 10h00, ne prend pour ainsi dire aucune décision et n’est relié au reste du monde que par une seule ligne téléphonique (1)

Et en dépit de son nom pompeux, le Groupe d'armées Oberrhein n’est en réalité rien d’autre qu’un assemblage brinquebalant d’unités disparates, sous-équipées et fort peu homogènes, souvent composées de "fonds de casernes" sans véritable valeur militaire.

Comment espérer l’emporter dans ces conditions…

(1) Sur Himmler : Saviez-vous que… Au Coeur des Ténèbres

lundi 21 août 2017

5291 - Nordwind

Panther et fantassins, lors de Nordwind
… la seconde opération, Nordwind, est encore plus ambitieuse, puisque pas moins de huit divisions, appartenant au Groupe d’Armées G du général Johannes Blaskowitz, lanceront une attaque en Alsace et en Lorraine.

Comme les regards des Alliés, et la plus grande partie de leurs moyens, sont à présent concentrés sur les Ardennes, on espère ainsi reconquérir sans trop de peine une bonne partie du terrain perdu au cours de l’automne.

Surtout, on espère que la manœuvre contraindra alors ces mêmes Alliés à rameuter d’urgence vers le Sud des unités actuellement engagées dans les Ardennes, c-à-d, en pratique, la IIIème Armée de Patton, ce qui, on l’espère à nouveau, allègera la pression alliée dans et permettra alors, on l’espère encore, de s’emparer de Bastogne et même, tant qu’à y être, de repartir à l’attaque vers l’Ouest !

Plus encore que pour Wacht am Rhein - et si c’est encore possible ! - le succès de Bodenplatte et de Nordwind repose donc sur une quantité presque astronomique "d’espoirs" qui, en toute logique, n’ont qu’une chance infime de se réaliser, surtout si l’on considère que les meilleures troupes, les meilleurs tanks,… et l’essentiel des réserves d’essence, ont déjà été consumées, et consommées, dans Wacht am Rhein !

dimanche 20 août 2017

5290 - Bodenplatte

détruire le maximum d'avions alliés au sol : en théorie, c'était simple...
... car, dans le même temps, deux autres opérations seront lancées à l’Ouest et au Sud des Ardennes

La première - Bodenplatte - est strictement aérienne, puisqu’il s’agit de réunir la quasi-totalité de ce qui reste de la Luftwaffe, soit les quelque 900 appareils que l’on destinait jusque-là à une attaque massive contre un futur raid de bombardiers quadrimoteurs américains (1)

Une fois les appareils réunis, et les pilotes informés de leur importante mission, on les lancera, dans un seul et même "grand coup" - un de plus - contre tous les terrains d'Aviation alliés situés dans une zone comprise entre le sud des Pays-Bas, l'Est de la Belgique, et le Nord de la France.

Ce faisant, on espère détruire au sol, et par surprise, un maximum d'avions alliés, ce qui, on l'espère aussi, devrait sérieusement alléger, et ne serait-ce que pour un temps, la pression que l'Infanterie et les Panzers allemands subissent au sol.

Voilà pour la théorie.

(1) due au général et Inspecteur de la Chasse Adolf Galland, l'idée consistait à attendre un grand raid de plusieurs centaines de bombardiers Américains, puis de lancer contre eux, y compris par abordage, tous les appareils que l'on serait parvenu à rassembler. Par ce moyen, Galland espérait lui aussi "impressionner" les Américains et en tout cas les convaincre à renoncer à leurs bombardements massifs sur l'Allemagne.

samedi 19 août 2017

5289 - le Casino des Ardennes

le corridor vers Bastogne demeura longtemps fort dangereux... comme en témoigne cet écriteau
… Bastogne, 28 décembre

A Bastogne, et contrairement aux espoirs des civils comme des militaires, l’arrivée de la 4ème D.B., n’a pas mis fin à la menace allemande.

Si le ravitaillement se déverse désormais dans la ville par convois entiers, et si Patton, de son côté, est déjà occupé à envoyer la 11ème D.B. et la 87ème D.I. vers les Nord, les Allemands, eux, sont bel et bien sur le point de reprendre leurs attaques sur la ville !

Car ce même jour, à l'Adlerhorst, Hitler vient en effet de balayer les arguments de ceux qui lui proposaient de ramener les Vème, VIème et VIIème Armées sur une nouvelle ligne défensive à créer à l'Est de Bastogne.

Au "Casino des Ardennes", Hitler, certes, sait qu'il a déjà beaucoup misé, et perdu, mais il n'en persiste pas moins à croire, comme tout joueur compulsif, qu'une nouvelle mise lui permettra au bout du compte d'effacer ses pertes, et même au-delà.

Son nouveau plan se lit donc comme suit : puisque la survie de Bastogne repose à présent sur l'existence d'un étroit corridor vers le Sud, la Panzer Lehr et la 27ème division de Volksgrenadiers frapperont à l'Est de celui-ci, tandis que 1ère Panzer-SS et la 167ème division de Volksgrenadiers en feront de même à l'Ouest.

Une fois ce "cordon ombilical" coupé, la chute de Bastogne finira bien par suivre "naturellement"

Ce n'est pourtant que la première partie du plan...

vendredi 18 août 2017

5288 - l'audace ou la prudence

Tiger II capturé par les Américains
... fidèle à ses habitudes, Montgomery, qui en plus des troupes britanniques commande à présent deux Armées américaines, préconise la plus extrême prudence : les Allemands, souligne-t-il, demeurent dangereux et sont encore capables de surprendre, en sorte qu'il serait de loin préférable de les laisser épuiser leurs forces en s'agitant en vain plutôt que de prendre soi-même le risque d'une quelconque offensive.

Les Américains, sans surprise là non plus, sont d'une humeur autrement plus belliqueuse, la palme revenant évidemment au grand George Patton qui, convaincu - à tort ou à raison - que la Ligne Siegfried n'est désormais plus qu'une vaste plaisanterie, réclame rien moins que d'attaquer directement sur Bitburg, en Rhenanie-Pallatinat - autrement dit en territoire allemand - puis de remonter vers le nord-est en prenant ainsi au piège toutes les forces allemandes présentes dans les Ardennes.

Le plan de Patton est ambitieux, beaucoup trop Montgomery,… mais aussi pour Bradley, ce pourquoi Eisenhower se prononce en définitive sur un compromis boiteux qui, pour ne froisser personne (1), contrarie en réalité tout le monde : les troupes britanniques, et les deux Armées américaines, attaqueront depuis le nord-ouest en direction d'Houffalize, où elles seront rejointes par les forces de Patton, qui poursuivront leur progression depuis le Sud.

Une fois la jonction réalisée, on piégera ainsi tous les Allemands qui combattent encore à l'Est de la Meuse, ce qui, ironiquement, revient donc à réaliser, mais à l'envers, ce que Manteuffel se propose de faire lui-même !

(1) Montgomery n'exécutera néanmoins ce plan qu'avec la plus extrême réticence, au point de contraindre Eisenhower à mettre sa démission dans la balance, en demandant au Joint Chiefs of Staff de se prononcer en sa faveur ou en celle de Montgomery qui, conscient du poids respectif des Américains et des Britanniques dans la conduite de la guerre, acceptera finalement de faire acte de contrition...

jeudi 17 août 2017

5287 - saisir l'opportunité

Tiger II, abandonné par le Kampfgruppe Peiper près de Stavelot
… avec des "si", Hitler l’emporterait dans les Ardennes, mettrait Paris dans une bouteille, et raccompagnerait certainement les Soviétiques jusque Moscou !

Mais dans tous ces "si", le grand-maître du Troisième Reich a cependant oublié l'essentiel, c-à-d l’attitude qu’entendent à présent adopter les Américains eux-mêmes !

A Verdun, le 19 décembre, Eisenhower considérait déjà - comme nous l'avons vu - que l’offensive allemande dans les Ardennes, aussi sérieuse pouvait-elle sembler, constituait en soi une "opportunité" puisqu’elle contraignait de facto le Reich à exposer au grand jour, et donc aux coups de l’Aviation, les moyens humains et matériels dont il disposait encore, des moyens qui, s’ils étaient demeurés dissimulés, auraient sans doute pu être utilisés de manière bien plus efficace et meurtrière contre les Alliés une fois ceux-ci parvenus sur le sol allemand.

Les Allemands à présent immobilisés dans les Ardennes après avoir subi de lourdes pertes et consommé le plus clair de leurs maigres réserves d’essence, l’heure est donc à présent venue de passer à la contre-offensive.

Mais si tout le monde, dans le camp allié est d’accord sur le principe, personne ne s’entend en revanche, et une fois de plus, sur la stratégie à adopter…