mardi 21 novembre 2017

5383 - le croiseur léger devenu porte-avions

L'Independence (CVL-22) : le croiseur léger devenu porte-avions
... commandés dès juin 1940, les premiers porte-avions lourds (CV) Essex promettent certes beaucoup, mais personne n'entrevoit alors leur mise en service avant 1943 ou 1944 !

C'est beaucoup trop long aux yeux de Roosevelt qui, au début de 1941, et face à la détérioration constante des relations avec le Japon, cherche par tous les moyens à doter rapidement la Navy de moyens aéronavals supplémentaires.

Et pourquoi, dès lors, ne pas tenter de terminer en porte-avions légers (CVL) de 12 000 tonnes quelques-uns des croiseurs de la classe Cleveland (1) déjà commandés ?

Toute entière occupée par ses futurs Essex de 30 000 tonnes, la Navy, on s'en doute, ne manifeste aucun enthousiasme à l'idée de ces "mini-porte-avions", certes très rapides - puisque conçus comme comme croiseurs - mais tout juste capables, en raison de leurs modestes dimensions, d'emporter une trentaine d'appareils, soit un cinquantaine... de moins que les Essex !

Mais Roosevelt s'entête en sorte que, quelques semaines avant Pearl Harbor, la Navy, quoique toujours réticente, finira par reconnaître la possibilité et le (relatif) intérêt d'achever en porte-avions quelques-uns de ses croiseurs légers dont la construction a déjà commencé.

Au final, neuf croiseurs verront ainsi le jour comme porte-avions, mais le premier d'entre-eux, l'Independance, n'entrera néanmoins pas en service avant janvier 1943...

(1) les Cleveland sont des 12 000 tonnes dotés de douze pièces de 150mm

lundi 20 novembre 2017

5382 - "Il y avait trop de causes de conflits, aussi bien économiques que raciales".

Le Ticonderroga : un Essex allongé et au pont raccourci au profit de la DCA
... juin 1940

"J'ai probablement senti, des années à l'avance, que la guerre avec le Japon était inévitable",
écrira Halsey. "Il y avait trop de causes de conflits, aussi bien économiques que raciales".

La guerre, en tout cas, fait déjà rage en Europe, ce pourquoi le Congrès, se résignant lui aussi à l'inévitable, décide-t-il de voter d'énormes crédits militaires : en plus des six cuirassés (1) et des trois premiers porte-avions de la nouvelle classe Essex déjà commandés, le Two-Ocean Navy Act du 18 juillet autorise à présent la construction de sept cuirassés (2), six croiseurs de bataille (3), vingt-sept croiseurs mais aussi pas moins de... dix-huit porte-avions Essex supplémentaires (4)

Avec leurs 30 000 tonnes, les Essex et leurs dérivés Ticonderoga (5) sont des navires extrêmement prometteurs et qui, de fait, balayeront bientôt toute opposition dans le Pacifique.

Mais ce sont aussi des navires extrêmement complexes et de grandes dimensions, dont la construction puis la mise en service, même une fois accélérées par l'entrée en guerre, exigeront donc de nombreux mois, et probablement-même plusieurs années (6)

Pourquoi dès lors ne pas tenter de faire plus petit et surtout plus rapide...

(1) les quatre South Dakota et les deux premiers Iowa
(2) deux Iowa et cinq Montana
(3) deux seulement seront achevés et mis en service
(4) trente-deux Essex seront finalement commandés, vingt-quatre achevés, et seize mis en service avant la fin de la guerre
(5) les Ticonderoga sont des Essex allongés de près de 4 mètres mais dotés d'un pont d'envol 5 mètres plus court afin d'assurer un meilleur dégagement aux pièces de CTA installées à la proue, sous le porte-à-faux du pont et qui, sur les Essex, étaient sévèrement limitées en azimut
(6) mis sur cales en avril 1941, l'Essex entrera en service en décembre 1942, soit vingt mois plus tard.

dimanche 19 novembre 2017

5381 - le bombardement au réveille-matin

Le même, en mai 1942. Notez l'installation de canons de DCA à la proue
... mai 1939

Pour Halsey, un commandant sur son navire en mer sera toujours mieux à même d'apprécier la situation, et de prendre les bonnes décisions, que son supérieur, dans son bureau à terre.

Dit autrement, et depuis le début de sa carrière, sa philosophie a toujours consisté à interpréter, et parfois très largement, les ordres reçus, et à aller bien au-delà de ce qu'ils stipulaient.

En mai 1939, alors que ses ordres lui enjoignent simplement de soutenir, avec ses porte-avions, un simulacre de débarquement sur les plages de Californie, il décide plutôt d'envoyer ses aviateurs bombarder avant l'aube, et à plus de 300 kms de là,... la base de l'Army Air Force qui, selon le scénario de l'exercice, devait en principe s'opposer quelques heures plus tard au dit débarquement (1)

Et pour ajouter encore à l'insulte, les aviateurs de Halsey n'hésitent pas à parachuter... des réveille-matins au-dessus du cantonnement des pilotes de l'Air Force, manière comme une autre de leur expliquer que la future guerre n'attendra pas.

Promu vice-amiral en juin 1940, et à ce titre responsable de tous les porte-avions et forces aéronavales du Pacifique, Halsey s’empresse de faire disparaître des étagères la quasi-totalité des manuels d'opérations, dont beaucoup datent d'avant la 1ère G.M., et à remercier, parfois brutalement, les subordonnés qui, à ses yeux, se montrent trop prudents, trop hésitants, ou qui ne font tout simplement pas preuve de suffisamment d'initiative...

samedi 18 novembre 2017

5380 - se montrer le plus agressif possible

Le Yorktown (CV-5) en 1937
... en mai 1938, le nouveau contre-amiral Halsey se retrouve commandant de la 2ème Division de porte-avions, alors composée des tout nouveaux Yorktown et Enterprise.

Avec eux, lors de manœuvres, en janvier 1939, il outrepasse une fois de plus ses ordres en “coulant” techniquement la flotte de croiseurs “ennemis” qu’on lui a simplement demandé de retrouver en mer, une scène qui n’échappe pas à un des ses vieilles connaissances, Franklin Delano Roosevelt - devenu, le 4 mars 1933, le trente-deuxième Président des États-Unis - venu assister aux dites manœuvres.

Invité peu après sur le yacht présidentiel, Halsey est le témoin des confidences de Roosevelt, de plus en plus inquiet face à la montée des tensions en Europe et dans le Pacifique.

L'Amérique est neutre, et son opinion publique nullement désireuse de repartir en guerre moins de vingt-cinq ans après la conclusion d'un premier conflit mondial, mais le réarmement, boosté par les commandes britanniques et françaises, n'en a pas moins commencé...

Encouragé par Roosevelt, et définitivement convaincu que l'entrée des États-Unis dans la guerre n'est plus qu'une question de mois, Halsey redouble d'ardeur lors des entraînements, et force ses équipages et ses aviateurs à se montrer les plus agressifs possibles lors des manœuvres,... quoi que puissent, une fois encore - et notons bien ce point tant il préfigure ce qui va suivre - stipuler les ordres...

vendredi 17 novembre 2017

5379 - quand l'avantage change de camp

Le porte-avions lourd de classe Essex : l'arme absolue dans le Pacifique
... en effet, bien que beaucoup moins modernisés durant l'entre-deux-guerres, les cuirassés américains bénéficieront bientôt, avec le radar, d'un avantage technologique formidable sur leurs adversaires, qui leur permettra de "voir" dans n'importe quelle circonstance et qui, couplé à un calculateur de tirs, leur garantira ensuite de bien meilleures chances de mettre au but, comme nous le constaterons d'ailleurs aux Salomons et aux Philippines.

Et s'agissant des porte-avions, et même si elle ne paraît pour l'heure guère évidente, la supériorité américaine sera encore plus grande : les porte-avions américains sont globalement mieux construits et mieux compartimentés que leurs adversaires, donc plus à même de résister à d'importants dommages au combat.

Mais, en général, ils sont aussi, et surtout, bien plus gros et dotés d'un pont d'envol de plus grande dimension, ce qui, couplé à l'usage de catapultes - un "luxe occidental" dont les porte-avions japonais sont et demeureront toujours dépourvus - leur permettra également de mettre en œuvre davantage d'avions, et des avions plus lourds, donc plus résistants aux coups, mais aussi davantage en mesure d'emporter d'impressionnantes charges offensives.

En cette fin des années 1930, à l'heure où, en Allemagne, Hitler est parvenu au Pouvoir et a commencé à entraîner l'Europe entière sur le chemin d'une nouvelle guerre, on n'en est néanmoins pas encore là et, à l'exception de quelques marins, dont William Halsey qui, le 1er mars 1938 vient d'être promu contre-amiral, peu de gens imaginent en fait le rôle décisif que vont bientôt jouer les porte-avions...

jeudi 16 novembre 2017

5378 - trompeuses apparences

Le Taiho : seul porte-avions lourd mis en service par le Japon avant juin 1944
... considérée sous le seul angle quantitatif, la situation de l'US Navy dans le Pacifique apparaît catastrophique et, de fait, les premiers mois de la guerre ne seront qu'une effrayante successions de défaites et de retraites sans gloire.

Mais les apparences sont trompeuse et la puissance industrielle des États-Unis incomparablement supérieure à celle du Japon : pas moins de dix cuirassés (1) seront en effet commandés et mis en chantier, avant Pearl Harbor, et huit (2) réussiront même à entrer en service avant la fin de la 2ème G.M.

Parallèlement, et sans même parler d'une quarantaine de petits porte-avions construits sur des coques de cargo (3), dix porte-avions lourds de la classe Essex, et neuf porte-avions légers de la classe Independance, tous commandés avant l'attaque japonaise, entreront en service avant juin 1944, balayant toute opposition.

Par contraste, l'effort japonais apparaîtra dérisoire : de décembre 1941 à juin 1944, la Marine impériale ne réussira en effet à mettre en service que deux "super-cuirassés" (les Yamato et Musashi) et un porte-avions lourd (le Taiho (4)), se contentant pour le reste de convertir deux porte-hydravions et un ravitailleur de sous-marins en porte-avions légers, trois paquebots en porte-avions d'escorte et, pour l'anecdote, deux cuirassés (les Ise et Hyuga) en d'étranges hybrides "cuirassés-porte-avions" !

Encore tous ces navires seront-ils, et parfois largement, inférieurs à leurs adversaires...

(1) quatre South Dakota et six Iowa
(2) les deux derniers Iowa seront annulés avant la fin de la guerre, de même que les cinq Montana qui auraient dû leur succéder
(3) bon nombre de ceux-là serviront néanmoins comme escorteurs de convois dans l'Atlantique
(4) ce Taiho de 30 000 tonnes ne doit pas être confondu avec le beaucoup plus petit Taiyo, porte-avions d'escorte mis en service en septembre 1941

mercredi 15 novembre 2017

5377 - menace sur le Pacifique

Le Lexington, en 1928. Lui aussi reposait sur la coque d'un croiseur de bataille
... à la même date, les Américains aligneront quant à eux 17 cuirassés (1), mais les North Carolina (BB-55) et Washington (BB-56) qui viennent tout juste d'entrer en service, seront encore loin d'être opérationnels.

La moitié de ces bâtiments étant par ailleurs stationnée dans l'Atlantique, l'US Navy ne pourra donc compter, à la veille de l'attaque, que sur 9 cuirassés, dont 8 (2) stationnés à Pearl Harbour (3)

Comme ceux-ci ont été bien moins modernisés que leurs homologues japonais dans l'entre-deux-guerres, l'avantage nippon apparait indéniable.

Et il en va de même pour les porte-avions : depuis la conversion  en 1936, du vieux Langley (CV-1) en ravitailleur d'hydravions, la Navy ne peut compter que sur les croiseurs de bataille convertis Lexington et Saratoga, ainsi que sur les Ranger, Yorktown, Enterprise, Wasp, Hornet et Long-Island, ce dernier n'étant au demeurant qu'un modeste cargo converti en un tout aussi modeste porte-avions d'escorte. 

Si on y ajoute le fait que cinq d'entre eux se trouveront dans l'Atlantique au moment de l'attaque japonaise, et le Saratoga à San Diego, la défense des îles Hawaï et des intérêts américains dans le Pacifique ne reposera donc, et pour longtemps, que sur les seuls  Lexington et Enterprise...

(1) l'Utah (BB-31) avait été converti en navire-cible en 1931
(2) Nevada (BB-36), Oklahoma (BB-37), Pennsylvania (BB-38, en cale sèche), Arizona (BB-39), Tennessee (BB-43), California (BB-44), Maryland (BB-46), West-Virginia (BB-48)
(3) le Colorado (BB-45) se trouvait alors en carène à Bremerton (État de Washington)